mardi 16 avril 2013

ETAPE 13 - LA TERRASSE DES DÉLICES ou COMMENT SE REMETTRE DE SES ÉMOTIONS - Mardi 16 avril 2013

Nous quittons Tiffoultoute le coeur gros.
Maman du temps qui s'est enfui, et les enfants de n'avoir pas retrouvé les souvenirs de Maman. Qui sait, peut-être espéraient-ils voir en bas, dans la palmeraie, un tronc de palmier en travers d'une seguia et une jeune fille dansant dessus ?




Nous longeons le Draâ. Les palmeraies succèdent aux palmeraies!





Puis nous bifurquons.
 Le Travel Book nous indiquait une piste. 
Mais amère déception !  c'est sur une route goudronnée sur laquelle nous nous engageons. Et comble de l'horreur, nous longeons un immense terrain viabilisé, routes faites, éclairage installé, compteurs électriques prêts à l'emploi ! Ne manquent plus que les maisons . . . 


Le Maroc d'antan disparaît peu à peu . . . qu'allons-nous découvrir à Fint ?  Une palmeraie embitumée ?


Puis le goudron cède à la piste. 
Et la Company découvre les joies des nids de poule et autres  cratères (n'ayons pas peur des mots) !
Et se demande si finalement, la route goudronnée, c'est pas mieux !



Mais l'aventure se révèle. 
La Company se réjouit. 
La civilisation a disparu. 
Tout n'est plus que cailloux, et encore cailloux. Où va nous mener cette piste chaotique ? 
Dans ce reg infini, la Company s'imagine non plus tressauter dans tous les sens dans son confortable Hyundai, mais rouler et tanguer paisiblement sur le dos d'un dromadaire . . . 
Elle guette l'oasis au détour de chaque virage, derrière chaque chaos rocheux. Mais l'oasis se cache . . . 
Existe-t-elle vraiment ?


La tête plus souvent collée au plafond que les fesses sur les coussins, nous avançons doucement. 
Nul panneau pour nous indiquer la bonne direction, mais là, nous n'en sommes pas surpris et nous n'en attendons pas ! 


La piste vers l'avant 


la piste en arrière


Et voilà que tout à coup, incongru au milieu des cailloux, un panneau !
Notre stupeur est telle que nous ne pouvons que l'immortaliser !


Le nom berbère de cette oasis est "l'oasis cachée". Ce nom n'est pas usurpé !



Avant d'amorcer la descente vers la vallée, et l'oasis, Antheaume se fascine pour ses rochers aux curieuses couleurs noires.





Un Mohamed nous tombe dessus à l'orée de la palmeraie.
Il nous demande où nous allons. "Ah oui, la Terrasse des Délices, c'est mon frère !"
Toujours se méfier de "c'est mon frère" ! 
Donc méfiants, nous nous garons à l'endroit qu'il nous indique et nous enfonçons à sa suite dans la palmeraie.


Un nouveau panneau (décidément !) nous indique que, même si le chemin qu'il nous fait suivre ne semble pas être le plus court, nous sommes néanmoins dans la bonne direction. 


Nous longeons tout d'abord l'oued Draâ.
Le soleil cogne.
Antheaume a entendu coasser des grenouilles. Le voilà en chasse. Mais n'est-ce pas plutôt le prétexte à mettre les pieds dans l'oued ? Sans doute les deux !
Très content de lui, il a maintenant les pieds rafraichis et une jolie grenouille verte qui palpite au creux de sa main !







Maman retrouve ses lauriers-roses. En a-t-elle rebattu les oreilles de la Company des lauriers-roses poussant dans le lit des oueds !




Petite pause ombragée.
Ouf ! 
Notre guide nous explique plein de choses bien intéressantes, mais franchement, un p'tit coup à boire bien frais ne serait pas de refus !!


Notre "guide" nous explique qu'ici précisément s'est jouée une scène d'Astérix et Cléopâtre.
Et que si on regarde bien cette montagne, on voit une bouche et deux yeux. Certains l'ont vu . . . d'autres cherchent encore !



Nous reprenons notre avancée le long de l'oued et des lauriers.
Le soleil cogne.
La chaleur qui monte du sol brûle les pieds de ceux qui sont en tongues.
Les garçons regrettent d'avoir laissé leur chèche dans la voiture. 
Entre deux photos, Maman badigeonne tout le monde de crème solaire.


 Enfin nous franchissons l'oued. Les femmes qui faisaient la lessive se sont envolées dans les bosquets de lauriers et de tamaris alentour à notre approche.
Nous avons l'impression de pénétrer un univers interdit . . . peut-être est-ce le cas ?


De l'autre côté de l'oued, nous trouvons les cultures et OUF ! l'ombre fraîche des figuiers.
Un peu assommé par la chaleur, la Company n'a guère envie d'escalader ce tronc de palmiers. A moins qu'elle ne redoute de rencontrer l'un de ces si fameux petits serpents au venin redoutable ?
Tous ont dit avoir bien senti que Bonne-Maman veillait sur eux les empêcher de tenter une petite escalade de palmier . . . !!


Petite pause pour une leçon de tressage de feuille de palmiers


Et voilà le résultat ! Un dromadaire pour la petite gazelle aux yeux bleus !

Au passage, notre "guide" en profite pour bien tapoter la tête d'Ysoie en répétant Bismillah ! 
. . . Des fois que ça porterait chance ? Des yeux pareils, ça ne peut que porter chance !
Mais au final, sans doute que pas trop ! Car, quand il réclamera 5 dh à Maman, il en sera pour ses frais, Maman n'ayant que 3 dh dans son porte-monnaie !!





Que c'est beau une fleur de grenadier !


Une seguia . . .



. . . des figuiers de Barbarie . . .


. . . quelques maisons qui ne sont pas du tout inoccupées comme leur aspect désolé le laisserait supposer  . . 


.

. . . une fleur de palmier . . .



. . . et enfin la Terrasse des Délices ?
Vu d'ici . . . 
Dans un dernier élan de courage, nous gravissons les nombreuses marches qui nous mènent à la fameuse Terrasse . . .
Et là . . . magie et féerie !


Première terrasse
mais intenable tellement il fait chaud




Deuxième Terrasse, elle n'a pas usurpé son nom, un Délice !





Une terrasse couverte, fraîche et aérée, où nous pouvons nous désaltérer à satiété et même casser un verre dans notre impatience à boire, n'est-ce pas Ysoie ?!!


Le plafond intrigue la Company, et Bohémond fait la photo.






La Terrasse nous subjugue, mais la vue qu'elle nous révèle également !

Au delà des palmiers, un marabout . . .



. . . un petit village en adobe et pisé, qui n'est ni une casbah ni un ksar !








Puis les choses sérieuses commencent !
La table est dressée d'une belle poterie de Tamegroute.
Maman est contente de pouvoir la montrer à la Company, puisque la veille, nous n'avions préféré les délices de la piscine de l'hôtel Zaghro aux potiers de Tamegroute !

La salade marocaine (poivrons grillés, olives noires, tomates, oignons rouges doux et sucrés) est plus que sublime !






Le pain berbère, juste sorti du four


Le tagine d'agneau, aux légumes de la palmeraie.
Nos papilles se souviendront longtemps du goût exquis des carottes et des courgettes.


Le repas achevé, nous nous laissons aller un moment sur les sofas, le regard perdu au loin.
Un air frais nous plonge dans une douce torpeur.
Eléanor sort son Travel Book, et nous enchaînons quizz, devinettes et autres questionnaires sur les casbahs et les Palmeraies
 La recherche des toilettes nous fait découvrir un adorable patio, croulant de fleurs et de verdure où s'égrennent les notes claires d'une fontaine. Elle est en plein soleil et nous regagnons bien vite la fraîcheur de notre délicieuse Terrasse !




 Même les meilleures choses ont une fin. 
De nouvelles aventures nous attendent . . .
. . . Et nous quittons à regret la Terrasse des Délices.



Même sans guide, nous retrouvons facilement le chemin.
Il fait aussi chaud qu'à l'aller. Plus ? Non, pas possible !


Nous retraversons l'oued, et cette fois, la lessive est achevée.
Le linge sèche sur les rocailles alentour.



Petite photo dans les lauriers, Maman y tient !


Nous nous apercevons que nous étions garés en face de l'école de Fint.
Et nous nous apercevons d'une chose étrange, qui n'existait pas "du temps de Maman" : 
le panneau est rédigé en arabe, en français et . . . en amazigh (berbère du Haut-Atlas)




ETAPE 12 - TIFFOULTOUTE ou QUAND LA REALITE VOUS RATTRAPPE - Mardi 16 avril 2013

Nous redescendons périlleusement de nos rochers de Talmasla et remontons dans notre Hyundai.
La fraîcheur du matin s'est évaporée. Le Hyundai s'est transformé en four à méchoui pendant notre visite !
Mais peut importe, cap maintenant sur la CASBAH DE TIFFOULTOUTE.

La visite est attendue avec impatience, car résonne dans les oreilles de la Company l'anecdote maintes fois racontée par Maman, et qui soudain va prendre réalité ... Aux temps jadis, où Maman avait l'âge de Bohémond, peut-être d'Eléanor, au cours d'une petite virée dans le Grand Sud, arrêt obligatoire à Tiffoultoute. Maman se rappelle de cette belle casbah, se dressant fièrement sur son éperon rocheux, dominant la palmeraie à ses pieds. Maman se rappelle aussi qu'à son habitude, elle sort de la voiture dans ses chaussures, et qu'avec tonton Jean-Ba (enfin qui n'était pas encore tonton mais bon !) et Tatie Blandine (qui n'était pas encore Tatie, mais bon !), ils se précisent dans la palmeraie, sautant les petits canaux d'irrigation et s'amusant follement. Restés en bord de route, Grand-Père et Bonne-Maman tout à coup se mettent à crier. Bonne-Maman crie le plus fort, fait de grands gestes, gesticule dans tous les sens ! Insouciants, Maman, Tatie Blandine et Tonton Jean-Ba batifolent allègrement. Finalement, ils remontent vers Bonne-Maman en s'interrogeant sur la curieuse attitude de Bonne-Maman ...
Le fin mot de l'histoire est qu'on ne se balade pas nus pieds sur les troncs de palmiers car s'y cachent de petits aspics à la morsure fulgurante.

En arrivant sur Tiffoultoute, l'air de rien, chacun vérifie ses chaussures, et Papa et Maman troquent leurs tongues contre des chaussures plus fermées !

Mais point ne sera besoin des chaussures. Maman reçoit un terrible choc. Où donc est passée la délicate casbah posée sur son piton rocheux ?  QUe reste-t-il de la palmeraie qui paressait à ses pieds ?



Certes 5 longues années de sécheresse sont passées par là.
Certes la casbah a été . . . restaurée ?
Mais qu'est-ce donc que cet horrible pylone ?
Que sont des ces antennes paraboliques blanches qui fleurissent sur le toit des casbahs ?

Quand le modernisme rencontre le passé, le choc est parfois terrible . . .


Finalement, Maman se concentre très fort. Avec un peu d'effort, l'ancienne Tiffoultoute réapparaitra-t-elle ?
Hélàs, non, la ruine menace aux côtés des antennes satellites. Tristesse . . . tristesse . . .
D'aucuns diraient " c'est dur de grandir" ?

ETAPE 11 - DES KSOUR ET DES CASBAHS - Mardi 16 avril 2013

Pas beaucoup de kilomètres pour ce mardi. 
Nous restons dans un périmètre d'une trentaine de kms de Ouarzazate pour découvrir les casbahs et ksour des environs.

La Company va devoir apprendre à faire la différence entre un ksar et une casbah.
Tout un programme, n'est-il pas ?!

Commençons simplement.
Aux temps anciens, grosso modo jusqu'à l'établissement du Protectorat, un ksar (pluriel ksour) et une casbah étaient le siège du pouvoir local. Y étaient établi l'amghar (le chef de tribu), le caïd (qui représentait le sultan). 
Le ksar et la casbah sont fortifiés, isolés et sis sur une position dominante pour assurer le contrôle les oasis et leurs voies d'accès, servaient de points de ravitaillement pour les habitants du désert, défendaient les caravanes contre les brigands et les pillards nomades.

Ca, c'est facile à comprendre, et la Company l'a bien assimilé : ksar ou casbah = château fort.
Le raccourci est peut-être un peu rapide, mais  explicite !

Mais qu'est-ce qui  fait la différence entre un ksar et une casbah ? 
C'est la grosse question, et la plus délicate !
Encore une chose qui les rapproche, l'architecture et les techniques de construction.
Les deux sont faites d'adobe et de pisé, ceints d'épais remparts ponctués de 4 tours d'angle ornées de merlons en épis et décorées de motifs berbères. On y trouve aussi un ighrem (aussi appelé agadir), c'est-à-dire un grenier collectif, sorte de haute tour comportant de petites cellules fermées à verrous attribuées aux différentes familles du ksar ou de la casbah, et où elles conservaient leurs récoltes. 
Ces constructions se rapprochent beaucoup des constructions yéménites sans qu'encore aujourd'hui, historiens et archéologues puissent expliquer cette similitude . . . 

Alors ? Qu'est-ce qui différencie une casbah d'un ksar ?
Une casbah est la demeure d'une cellule familiale.
Un ksar est un village fortifié qui peut regrouper plusieurs casbahs et diverses habitations. Il abrite aussi  des étables, des puits, une place de souk (marché), une salle de réunion de la Jmaâ (assemblée des chefs de familles), une mosquée, parfois une medersa . . .

Ça à l'air simple finalement. Mais confronté aux exemples grandeur nature, ça devient plus difficile.

Application immédiate donc !

TALMASLA à peine à 3 kms de Ouarzazate
Casbah ou ksar ?
La Company sèche un peu. Normal, c'est le premier exemple grandeur nature.
Elle est en plus stupéfié de l'état général du monument, très dégradé, et fascinée par les cigognes . . .

La réponse ne vient pas et la Company a droit à une petite piqûre de rappel !
Là, miracle, elle trouve la réponse ! Talmasla est une  . . . CASBAH !
Maintenant, elle peut se concentrer sur les cigognes ! C'est d'ailleurs pas pour rien qu'on l'appelle "la Casbah des Cigognes" !



Que les nids sont gros !
Ils font pas loin d'un mètre de diamètre. 
Nous escaladons les ruines pour pénétrer dans la casbah. Les enfants sont un peu dégoûtés : les abords sont un vrai dépotoir, on y trouve de tout, et ils préfèrent ne pas s'y attarder, d'autant que la chaleur monte déjà et que les odeurs se réveillent . . . Il faut faire aussi très attention, des tessons de bouteilles jonchent le sol, et pour Maman et Papa qui sont en tongues, le challenge est réel !

Deux jeunes hommes surgissent tout à coup de nul part.
Ils nous proposent de nous montrer les cigogneaux qui sont dans les nids. La company trépigne, mais Maman congédie gentiment les deux jeunes hommes. Si cigogneaux il y a, on ne les dérange pas dans leur nid, et d'un. Et de deux, ça évitera de se faire réclamer des dirhams ! Les garçons nous collent un peu puis subitement, disparaissent comme ils étaient venus.



La Company est effarée. La casbah fond littéralement. Et ce pan de mur qui penche dangereusement ne sera certainement plus là la prochaine fois que nous viendront voir la Casbah des Cigognes (car il est maintenant clairement établi que nous reviendrons tous ensemble au Maroc!!!). Sans attendre notre prochaine venue, ce mur ne devrait pas survivre aux prochaines pluies . . .


Le sourire est sur les lèvres, mais chacun invite la photographe à se dépêcher de prendre ses photos, les odeurs sont terriblement nauséabondes, et la Company se plaint de ne pas être sure de pouvoir garder son petit déjeuner bien longtemps dans son estomac si la pose dure trop longtemps !!


Bohémond s'amuse, "je suis trop grand !!"


Ysoie n'a pas encore ce problème, mais crispe un peu son sourire "vite maman !!!"


Notre Guyonne aime poser, peu lui chaut les mauvaises odeurs !


Les autres l'ont fait, Cyprille ne faillit pas à la tâche !


Antheaume lui, a trouvé la solution, "je me mets dehors", les odeurs sont moins fortes !


Solution adoptée par Eléanor, pas folle la gazelle !!!


Et comme il n'y a pas de raison à ce que Papa et Maman ne se réjouissent pas un peu les narines dès poltron-minet, Bohémond s'empare de l'appareil ! "Depêche-toi photographe, c'est atroce !!!"


Nous avons grimpé aussi  haut que nous le pouvions sans danger et pour la casbah et pour nous-même !
La vue est somptueuse.

Au loin, Ouarzazate. Et la company d'imaginer . . . qu'aux temps où les bêtes parlaient (c'est ainsi que commencent les contes berbères !), aux temps où Ouarzazate n'était qu'un tout petit souk occasionnel avant que les militaires français viennent y établir garnison, le fier amghar (chef de tribu) de Talmasla veillait sur son oasis et sa piste caravanière.


Vue imprenable sur la palmeraie. 




Pendant que la Company rêve, la vie s'active dans la palmeraie.
Ce berbère sur son âne s'en va cueillir de la luzerne dans son carré de culture plus bas dans l'oasis. Ses biquettes et ses brebis, non loin dans l'enclos de sa maison, doivent s'agiter en attendant leur pitance.



Cette berbère elle, revient déjà de la palmeraie. Les enfants s'interrogent. A quoi servent donc ces palmes que son âne transporte ? Puis ils se souviennent d'Amazraou . . . ah oui, ces palmes serviront à la confection de plafonds, de palissades, de nattes ou tout simplement de combustible pour cuire le tagine !


Et dans les champs, les femmes reviennent déjà, courbées sous la charge . . .


Repéré ! Au loin, les yeux d'aigle de nos guerriers berbères ont repéré une autre casbah . . . ou . . . un ksar ?
A cette distance, on dira simplement que c'est difficile à déterminer !




Une autre casbah est repérée ... Un autre ksar ?
Cette fois, c'est avec tristesse que la company imagine l'état de la Casbah des Cigognes dans quelques année